
Un bilan dramatique
Depuis le drame qui a frappé l’Asie du sud le 26 décembre dernier, le bilan des victimes s’alourdit chaque jour un peu plus. On dénombre désormais près de 160.000 morts et des milliers de disparus. En France, on pourrait déplorer plus d’une centaine de morts, dont 22 décès avérés.
L’année 2005 a commencé dans le deuil après les raz-de-marée qui ont frappé huit pays d’Asie du Sud et du Sud-Est dimanche 26 décembre. Le dernier bilan officiel du nombre des victimes s’élève à près de 160.000 morts. Un chiffre encore provisoire car les espoirs de retrouver vivantes les dizaines de milliers de personnes toujours portées disparues s’amenuisent au fil des jours.
Le pays le plus touché reste l’Indonésie, avec plus de 104.0000 morts. Au Sri Lanka, plus de 30.000 personnes ont été tuées et 4.939 sont toujours portées disparues. L’Inde parle actuellement de près de 10.012 morts et plus de 6000 disparus. Il y a plus de 800.000 déplacés. En Thaïlande, on dénombre près de 5.291 morts, dont 2.463 étrangers. D’autres pays d’Asie du Sud et du Sud-Est ont également été touchés. C’est le cas notamment des îles Maldives (82 morts), de la Malaise (68 morts) de la Birmanie (90 morts), du Bangladesh (2 morts). Même les côtes africaines ont été sévèrement frappées par la catastrophe. Ainsi, la Somalie compte au moins 300 morts, mais le bilan est très difficile à effectuer vue la situation politique du pays. La Tanzanie en dénombre 10 et le Kenya un.
De nombreux étrangers parmi les victimes. La région est très touristique, et en plein mois de décembre, au moment des fêtes, les hôtels affichaient complet. De nombreux étrangers sont d’ores et déjà comptés comme morts, mais des centaines d’autres manquent à l’appel. La Suède pourrait être l’un des pays occidentaux les plus durement touchés. "La catastrophe est vraisemblablement la pire de notre temps et pèsera encore longtemps sur le quotidien des Suédois", a déclaré le Premier ministre du pays, Goran Persson. Jusqu’à présent, le décès de 52 de ses concitoyens a été confirmé dans les régions touchées, essentiellement en Thaïlande. Mais le bilan définitif pourrait s’alourdir fortement, 2.915 Suédois étant toujours portés disparus. Le nombre des victimes françaises s’établit à 22 morts avérés (voir encadré). Mais selon Renaud Muselier, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, il n’est plus exclu "que le chiffre total de nos compatriotes décédés ou disparus soit bien supérieur à 150". Parmi les autres pays européens, la Grande-Bretagne déplore la mort d’au moins 50 de ses ressortissants. Le chancelier allemand Gerhard Schröder a pour sa part annoncé que "le bilan final s’élèvera clairement à un nombre à trois chiffre" pour son pays. Au total, près d’une quarantaine de pays, autres que ceux directement concernés, ont fait savoir qu’un ou plusieurs de leurs citoyens avaient péri où étaient portés disparus.
Des milliards d’euros de dégâts. Le secrétaire général adjoint chargé des questions humanitaires de l’Onu, Jan Egeland, a estimé que "le coût des destructions se chiffrera en milliards de dollars". Selon un expert du premier réassureur mondial, Munich Ré, la catastrophe a provoqué des dégâts matériels qui devraient être supérieurs à 10 milliards de d’euros. Gerhard Berz a indiqué ce montant sur la chaîne de télévision publique allemande Deutsche Welle. Dans un communiqué, le réassureur a évoqué l’impact financier des raz-de-marée sur les constructions, même si la proportion de bâtiments et biens assurés dans la région est "assez faible". Et de conclure qu’il était déjà établi, avant même la série de tsunamis, que 2004 serait l’année la plus coûteuse pour les assureurs avec des pertes supérieures à 40 milliards de dollars.
De lourdes conséquences économiques. Le Sri Lanka est considéré par la Banque Mondiale comme le pays "sans doute le plus affecté", proportionnellement, sur le plan économique. L’essentiel de la population vit en effet le long des côtes, dont les deux tiers ont été touchés. Les autorités locales estiment le montant des dommages à 1,3 milliard de dollars, alors que près de 100.000 embarcations et 93.000 maisons ont été détruites. Après avoir refusé jusque là toute assistance étrangère pour les secours immédiats, l’Inde elle aussi en a appelé le 7 janvier à l’aide internationale pour la reconstruction. Le ministère des Finances a annoncé qu’il demanderait l’accès à des fonds de reconstruction internationaux, alors que la facture du raz-de-marée s’établit à 1,6 milliard de dollars, et devrait encore augmenter. Concernant l’Indonésie, le pays le plus durement touché le séisme et les raz-de-marée du 26 décembre, l’impact devrait être paradoxalement limité sur l’économie en général, mais des problèmes importants se poseront pour l’agriculture et la pêche dans la région dévastée d’Aceh, a estimé samedi 8 janvier le directeur général du FMI, Rodrigo Rato.
Le bilan français Lors de ces voeux à la presse, lundi 10 janvier, Jean-Pierre Raffarin a déclaré redouter un nombre élevé de victimes françaises du raz-de-marée en Asie. "Il est à craindre que le nombre de nos compatriotes qui ont perdu la vie dans cette catastrophe inclue la grande majorité de personnes dont nous sommes sans nouvelles aujourd’hui", a déclaré le Premier ministre. Ce qui signifie que les 238 Français qui se trouvaient le 26 décembre sur les lieux des tsunamis dans l’Océan indien et dont on est toujours sans nouvelles seraient tous morts. Le bilan provisoire des victimes françaises des tsunamis en Asie du Sud-Est s’établit à 22 morts confirmés. (18 en Thaïlande, 3 au Sri Lanka et une en Inde). Il y a en outre 69 personnes, 66 en Thaïlande et 3 au Sri Lanka, dont le corps n’a pas été retrouvé mais pour lesquelles des témoignages directs attestent de leur présence sur les lieux au moment de la catastrophe.
Crédits : Anne-Laure Barral, Hélène Chevallier, Cécile Mimaut, Célia Quilleret, Benjamin Van Bockstaël et Eric Chaverou.
Crédits photo : Ils sont des millions à avoir besoin d’aide en Asie. © Jimin Lai / AFP
Contacts, dons et informations utiles
Retrouvez ci-dessous numéros de téléphone, coordonnées et sites consacrés à l’aide aux victimes ou à leurs familles, ainsi qu’aux régions sinistrées. Retrouvez aussi une longue liste d’associations, d’ONG et de moyens pour faire vos dons, y compris, à partir de ce dimanche par SMS.
Plusieurs numéros de téléphone d’urgence ont été mis en place pour les familles des personnes se trouvant actuellement dans les zones touchées par les raz-de-marée en Asie du sud :
Quai d’Orsay : 0800.174.174 (24h/24) ou par mail à crise.reponse@diplomatie.gouv.fr. La cellule de recherche regroupe une trentaine de personnes.
Croix Rouge, service de recherche de personnes disparues : 01.44.43.12.60
Accor / Sofitel : à Paris : 0810.10.40.16 ou 01.45.38.84.84. A Bangkok : 00.662.237.60.64
Club Med : 0810.810.810
FRAM : 05.62.15.17.83
Jet Tours : 0820.042.032
Kuoni : 01.45.61.87.70
Nouvelles Frontières et TUI : 01.45.16.77.79
UCPA : 01.45.87.47.10
Hôpital de Phuket, en Thaïlande : +66.76.21.18.77 ou +66.76.21.44.92
De nombreuses ONG et associations ont lancé des appels aux dons. Vous pouvez les envoyer soit par courrier soit par internet. Les ONG avaient reçu au total plus de 65 millions d’euros de dons, par chèques et internet. Leurs sites se trouvent ci-contre.
Action contre la Faim lance un appel en faveur des populations sinistrées du Sri Lanka où elle est présente depuis 1996. Chèques à l’ordre d’
Action contre la Faim, 4 rue Niepce, 75014 Paris, CCP 28 20 W Paris ou sur internet.
Aide Médicale Internationale (AMI) intervient actuellement au Sri Lanka ainsi qu’en Indonésie pour aider les victimes du Tsunami. Envovez vos dons à
Aide Médicale Internationale, 119, rue des Amandiers
75020 Paris, sans oublier la mention : « Asie du Sud »
Le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), qui soutient "depuis des années des dizaines d’associations locales dont plusieurs ont été durement touchées par cette catastrophe", demande d’aider ces associations "afin qu’elles puissent relancer au plus vite leurs programmes de travail". Dons au
CCFD, 4 rue Jean Lantier 75001 Paris ; chèques à l’ordre de CCFD "urgence Asie" ; virements CCP 46 00 F - Paris ou sur internet.
La Croix Rouge a envoyé des équipes d’urgence sur place, avec par exemple des spécialistes de l’eau. Elle se mobilise pour faciliter le retour des Français et enfin relaie nombre d’action de la Fédération internationale. Dons à envoyer à
Croix-Rouge Française, "Séisme Asie", BP 100, 75008 Paris ou sur internet. A Paris, les chèques peuvent être déposés dans le hall de la mairie du Xe arrondissement, de 8h30 à 17h (19h30 le jeudi)
Un enfant par la main soutient plusieurs projets au Sri Lanka, en Thaïlande, en Indonésie et en Inde. Dons à envoyer à Un enfant par la main, Urgence Asie du sud est, 2 boulevard Albert Ier, 94130 Nogent-sur-Marne.
La Fondation de France espère vos dons par téléphone au 01.44.21.87.87, par courrier à
Fondation de France, Solidarité Asie du Sud, BP 22, 75008 Paris ou sur internet.
Le Sri Lanka se remet à peine de 20 ans de guerre civile. La situation est d’autant plus difficile que dans l’est et le nord du pays, les flots ont peut-être déterré quantité de mines anti personnel. Handicap International lance donc un appel aux dons pour venir en aide à cette région.
Handicap International, Raz de marée, 69361 Lyon cedex 07 ou sur internet.
Plusieurs mairies d’arrondissements de Paris reçoivent les dons, directement ou via la Croix Rouge (liste ci-contre).
Médecins du Monde a déjà envoyé deux missions d’urgence, en Indonésie et au Sri Lanka. Envoyez vos dons à
Médecins du Monde, Urgence Raz-de-marée Asie, Boîte postale 100, 75018 Paris ou sur internet.
L’Ordre de Malte a envoyé des équipes d’urgence et mobilisé ces correspondants permanents en Inde et en Thaïlande. Dons à envoyer à
Ordre de Malte France, 92 rue du Ranelagh, 75016 Paris ou sur internet.
Le Secours Catholique soutient les Caritas sri lankaise, indienne, indonésienne et thaïlandaise. Dons à envoyer à
Secours Catholique / Caritas France, BP 455, 75007 Paris, en précisant la mention "Séisme Asie du Sud" ou sur internet.
Le Secours Islamique français annonce avoir débloqué 200.000 euros pour les "premières aides d’urgence" et lance un appel pour réunir un million d’euros. Dons au
compte postal CCP 29 19 D Paris ou sur internet.
Le bureau parisien de l’Unicef a annoncé que du matériel d’urgence est prêt à être envoyé par avion depuis son centre de stockage de Copenhague. Dons à
Unicef "urgence séisme Asie du sud", BP 600, 75006 Paris ou sur internet.
La Voix De l’Enfant fédère six associations présentes depuis plusieurs années en Inde, au Sri Lanka, en Indonésie et en Thaïlande. Suite aux raz-de-marée, elle a crée une Plate-forme spéciale. Dons à
La Voix De l’Enfant, Plate-forme Séisme Asie Enfants, B.P. 301, 75464 Paris cedex 10
"Asie enfants isolés". Le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, a installé jeudi 6 janvier un collectif, baptisé "Asie - enfants isolés" et regroupant plusieurs associations humanitaires françaises, qui sera chargé de développer des centres de protection des enfants, dans les zones touchées par le tsunami. L’Unicef, la Croix-Rouge française, Partage, la Chaîne de l’espoir, Enfants et développement, les amis de Soeur Emmanuelle, l’association du père Ceyrac, seront notamment en charge de la gestion de ces centres. Présidé par Marc Gentilini, ancien président de la Croix-Rouge française, la première des missions de ce collectif "sera de regrouper les enfants isolés pour les protéger des trafics. C’est l’urgence aujourd’hui", a jugé le ministre de la Santé. La recherche des familles des enfants, leur scolarisation, le développement de parrainages collectifs et celui de parrainages individuels figurent également au nombre des objectifs du collectif. Il est possible d’envoyer des dons sur un compte CCP, "collectif Asie-enfants isolés, BP 1000 75354 Paris cedex 07" ou de téléphoner au 0820.328.328.
L’impossible bilan
En Indonésie, le nombre de victimes passe de 174.000 morts à près de 230.000 après un changement dans les méthodes de décompte • Le bilan total dépasse les 280.000 morts •
Par Thomas Hofnung mardi 25 janvier 2005 (Liberation.fr - 20:26)
En Indonésie, le nombre des victimes du tsunami du 26 décembre vient d’augmenter brutalement de plus de 50.000 personnes, portant à plus de 280.000 morts le bilan total de la catastrophe en Asie. La nuit dernière, quasiment un mois après la catastrophe, les autorités de Djakarta ont en effet publié un communiqué faisant état d’un bilan d’« au moins 228.429 personnes » mortes ou présumées mortes, contre 174.000 auparavant. Sur place les secouristes continuent à ramasser tous les jours des centaines de cadavres. Ce nouveau décompte s’explique en partie par l’isolement et l’ampleur des destructions à Aceh, sur l’île de Sumatra. Mais aussi par un changement de mode d’enregistrement des victimes par le ministère indonésien de la Santé : ce dernier a décidé de comptabiliser 96.232 morts et enterrés et 132.197 disparus.
Cette brusque modification du décompte côté indonésien pose la question de la fiabilité des bilans établis lors des catastrophes de ce type. Au Sri Lanka, le gouvernement se montre prudent et le bilan reste, pour l’instant, le même : 30.957 morts et 5.637 disparus. Certains de ces disparus peuvent, en effet, faire partie de ces personnes qui ont été enterrées à la hâte, sans être identifiées au préalable.
« Pour notre part, nous procédons par recoupements successifs auprès des familles, des proches, des voisins, indique Frédéric Joli, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Mais seule la justice est habilitée à statuer sur la mort présumée d’une personne pour ses ayants-droit. » Selon le CICR, 16.000 personnes sont toujours portées disparues en Bosnie, près de dix ans après la fin de la guerre. « Il est arrivé qu’on retrouve l’un d’entre eux dans un hôpital psychiatrique ou au fin fond d’une prison », souligne Frédéric Joli, dont l’organisation est chargée d’enquêter sur les disparus.
Vendredi, la justice française doit statuer sur treize requêtes concernant 26 personnes portées disparues en Asie depuis le 26 décembre. Ces jugements, qui sont établis lorsque le corps de la victime n’a pas été retrouvé, ont la même valeur qu’un acte de décès, permettant aux familles de procéder à un certain nombre d’actes administratifs (assurance-vie, succession, fiscalité)... Mais, la justice peut à l’inverse estimer que les preuves apportées par le parquet sont insuffisantes pour établir le décès et demander des informations complémentaires. En France, c’est la cellule d’urgence du ministère des Affaires étrangères qui centralise les renseignements sur les disparus et les transmet au parquet. Selon un dernier bilan, 22 Français sont morts et 74 portés disparus. Toutefois, la cellule du Quai d’Orsay dit toujours être sans nouvelle d’« une cinquantaine de Français ».
En Somalie, pays de la Corne de l’Afrique également touché par les tsunamis, les autorités ont été accusées par certaines organisations humanitaires d’avoir gonflé les chiffres des victimes, vraisemblablement pour bénéficier d’une aide financière accrue. Selon l’Onu, environ 150 personnes auraient trouvé la mort dans cette catastrophe. Les responsables somaliens avaient, de leur côté, cité 298 décès, soit près du double.